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Le petit voleur d'instants

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MAO
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MessageSujet: Le petit voleur d'instants   Mar 22 Juil 2008 - 17:41

Un grand merci à Amandine qui a tapé l'histoire que nous lui avons scanné. Sans elle, vous l'attendriez encore ..

Elle fait partie du livre des belles histoires de Pomme d'Api de ma fille de presque 8 ans dont le diminutif est, parce qu'il n'y a pas de hasard... Teo...
Je m'en souviens, quand mes enfants me demandent un peu de temps pour eux.. alors parfois je vais être un peu moins là, mettre un peu plus de temps à répondre à vos demandes... les petits voleurs d'instants seront passés..

En attendant, je vous l'offre pour méditer..

Plein de Lumière!
Mao

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Le petit voleur d’instants
Térésa Hubert-Monclus

Très tôt, ce matin, Théo pousse la porte du bureau de son papa.
-Papa ? Tu veux bien me livre une histoire ?
-Un instant, mon petit Théo, tu vois bien que je suis occupé. Va demander à ta grande sœur.
-J’en étais sûr, marmonne Théo en refermant la porte.
Théo avance jusqu’au salon.
-Lisou, hé Lisou, tu veux bien me lire une histoire ?
-Un instant ! Tu vois bien que je regarde un film ! Ce que tu es pénible, toi, avec tes histoire ! Va demander à maman !
-Et de deux ! dit Théo en traînant les pieds jusqu’à la cuisine.
Maman surveille la machine à laver qui ronchonne à grand bruit.
-Maman, quand tu auras fini, tu pourras me lire une histoire?
-Mon pauvre chéri, je voudrais bien, mais je ne peux pas. Tu sais, si je pouvais avoir un instant à moi, juste un tout petit instant pour souffler un peu, je serais la plus contente des mamans. Va donc demander à Papa !
Théo ne dit rien. Il referme la porte de la cuisine et, comme d’habitude, se réfugie dans sa chambre.
Arthur, le lapin blanc, grignote sa carotte invisible ; Jujube, le poisson rouge, somnole dans son bocal.
-Vous voyez, je vous l’avais bien dit ! Ils n’ont jamais le temps. Et n’allez pas me répéter comme eux : « Mais Théo, voyons, tu n’es jamais content : tu as un ordinateur, une collection de bille en verre, un lapin nain, un poisson rouge, des livres à ne plus savoir où les ranger ; tu vas à la piscine chaque mercredi. Que veux-tu de plus ? »
Théo s’installe à son ordinateur, et joue un moment avec le clavier.
Soudain, il se lève, éparpille ses livres devant son lit, les aligne, les compte, choisit un de ses préférés, et le feuillette.
-Eh bien ! tu sais, Arthur, quand je serai grand, j’écrirai une histoire : Théo au Pays des Merveilles. Dans ce pays, même les lapins blancs auront des tas d’instants pour lire des histoires aux enfants. Ils leur en liront le jour, la nuit, à l’heure des infos à la télé, à l’heure de passer à table, pendants les fêtes de famille. Ils liront tout ce que les enfants leur demanderont : des histoires qui font peur, des histoires qui mouillent les yeux, des histoires qui ne finissent jamais, des histoires…
Théo soupire. Jujube, le poisson rouge, cesse de tourner dans son bocal.
-Hé Jujube, tu sais toi où on peut en trouver, des instants ?
Jujube ouvre la bouche, mais Théo n’entend pas la réponse. Des questions se bousculent dans sa tête :
-Comment aider Maman à trouver un instant pour souffler un peu ? Les instants, ça s’achète ? Est-ce qu’il existe des distributeurs automatiques d’instants ?
Théo gratte Arthur entre les deux oreilles en murmurant sa formule secrète :
-Mibala, Mibala, qui va là ?
C’est alors que l’idée jaillit, comme une lumière. Et s’il partait à la recherche de ces instants ? Il est grand maintenant. Mamie Lilette le lui a dit le jour de son anniversaire :
-A cinq ans, Théo, on est un grand garçon !
Jujube a repris sa course en solitaire à l’intérieur du bocal.
Arthur à fermé les yeux sur le « Pays des Merveilles ».
-Mibala, Mibala, qui va là ? C’est bon, j’y vais ! s’écrie Théo.
Il enfile ses baskets, prend son argent de poche, son sac à dos, sa casquette, sa bille préférée. En route pour l’aventure mes amis !
La porte d’entrée grince quand Théo l’ouvre, mais personne ne l’entend.
Il se retrouve sur le trottoir. Un petit vent frais l’enveloppe.
Tout à coup Théo se sent léger, il a l’étrange impression que ses pieds grandissent ses baskets. Elles le conduisent tout droit chez la marchande de journaux.
A l’intérieur, les grandes personnes sont très occupées. Certaines prennent leur journal sans le regarder, d’autres feuillettent des magazines.
Quelques-unes se saluent en baissant la tête, d’autres parlent à voix basse.
Théo remarque la file devant la caisse. Personne ne fait attention à lui, il est comme transparent. Alors il se gratte, tousse doucement, et puis un peu plus fort, et encore un peu plus fort, et, finalement, il lance sa voix. Elle se faufile entre les jambes des grandes personnes affairées, et atterrit sur le comptoir, tout près de la caisse.
-Bonjour Madame, je voudrais un instant.
-Comment ? dit la caissière d’une voix de verre cassé.
-S’il vous plaît, Madame, je voudrai un instant. C’est pour ma maman, reprend Théo.
Théo n’entend pas très bien la réponse. Les mots agacés de la dame tombent en désordre dans ses oreilles. Il comprend seulement qu’elle n’a pas ce qu’il cherche.
Sur le trottoir, ses pieds ont retrouvé leur taille habituelle. Ses baskets ne savent plus très bien quel chemin prendre. Ce n’est pas si facile d’être grand ! Qui va l’aider ?
Et s’il trouvait sur le trottoir des petits cailloux blancs qui le conduiraient à la cachette des instants ? Et s’il grimpait en haut d’un poteau électrique pour les apercevoir ?
C’est alors que Théo aperçoit, dans le jardin public, un homme assis sur un banc ; il mange un morceau de pain, et distribue en souriant des miettes aux oiseaux. Théo se dit que ce monsieur-là doit savoir.
L’homme le regarde s’approcher. Ses yeux rient.
-Alors p’tit bonhomme, on s’est perdu ?
-Non, M’sieur. Je cherche des instants, et je ne sais pas où ils sont. Vous savez, vous, où on peut les acheter ?
L’homme éclate de rire, d’un gros rire qui fait s’envoler tous les oiseaux.
-Alors ça, c’est la meilleure ! Mais mon p’tit bonhomme, les instants, ça ne s’achète pas, ça se prend, ça se donne, on les vole, et c’est même la seule chose qu’on a le droit de voler sans avoir d’ennuis !
Théo se souvient alors de ce qu’e son papa lui a toujours dit :
-On ne parle pas aux inconnus, aux gens qui ont l’air bizarre.
Précisément, celui-là a l’air bizarre : son pantalon est attaché avec une ficelle, une de ses chaussures ne porte pas de lacet.
Théo s’apprête à fuir, quand le bonhomme lui dit :
-Attends, p’tit bonhomme, te sauve pas comme ça ! Dis-moi, c’est pour qui tes instants ?
-C’est pour ma maman. C’est pour qu’elle puisse souffler un peu.
-Ah, je vois ! Alors assieds-toi mon grand, je vais te dire. Des instants, il y en a partout. On trouve des instants pour travailler, pour dormir, pour pleurer, pour manger, pour regarder la télévision, pour s’ennuyer, pour se disputer. Ceux-là, tout le monde les connaît, on les rencontre facilement. Mais il en existe d’autres qui sont silencieux comme des secrets, et doux comme le lait chaud qui mousse sur le miel. Des instants pour donner du pain aux oiseaux, pour parler aux arbres, pour collectionner des mots qui font rire, pour ramasser les dernières lumières du jour qui traînent sur les routes et que la nuit va embarquer.
-Ah oui ! je sais, s’exclame Théo, j’en connais : les instant pour parler au poisson rouge, pour être dans la lune, pour bayer aux corneilles…
Théo jubile. Il trouve tout à coup que ce monsieur est épatant, qu’il n’est ni bizarre ni inconnu. Il se dit que son papa peut parfois se tromper, et qu’il faudra qu’il le lui dise.
Le vieux monsieur rit.
-Je savais bien que c’était ceux-là que tu cherchais ! Ecoute, je vais te donner mon secret, il est très simple. Pour trouver les instants, il suffit de s’arrêter un moment, de regarder, d’écouter. Ils sont là, autour de toi, et ils s’approchent quand tu es prêt. Regarde ! En voilà un qui arrive.
Une voiture blanche grimpe sur le trottoir. Une voix en uniforme retenti :
-Hep ! vous, Madame, vous savez que vous n’avez pas le droit de vous garer là !
Une autre voix tout en miel et en parfum sort de la voiture, et se met à envelopper doucement l’agent de police :
-Oh, monsieur l’agent, s’il vous plaît, je n’en ai pas pour longtemps. Accordez-moi un instant, juste un tout petit instant !
La tête de l’agent de police dodeline, sa bouche s’ouvre comme celle de Jujube, mais Théo entend :
-Bon ma petite dame, pour cette fois je ne dis rien ! Allez ! Je vous le donne votre instant !
Le cœur de Théo fait trois tours dans sa poitrine. Ses baskets de sept lieues décollent du sol et, avant que la voix de miel ne se saisisse de l’instant, il s’en empare, le glisse dans sa casquette, et s’enfuit comme un voleur.
-Merci, M’sieur, au revoir !
Maintenant, Théo enjambe les massifs de fleurs, il survole les caniveaux, dévale les rues. Il s’arrête hors de souffle au coin de la rue du Change, et regarde dans sa casquette : son butin est toujours là.
La porte d’entrée grince, mais personne ne l’entend.
A l’intérieur, rien n’a changé : le crayon est dans la main de Papa, la télé regarde Lisou, la machine à laver s’occupe de Maman.
-Maman, regarde ! Je t’ai apporté quelque chose pour que tu puisses souffler un peu.
Théo déplie sa casquette : l’instant s’échappe, il flotte un moment dans la cuisine, vient se poser sur l’épaule de Maman, et lui murmure quelque chose à l’oreille.
On entend un grand soupir. La machine à laver s’endort.
Maman prend Théo par la main. Dans le salon, Lisou regarde par la fenêtre. Papa sort du bureau en bâillant.
-Où allez-vous comme ça, les deux complices ?
Maman sourit, et accroche l’instant à la porte de la chambre de Théo.
Alors on entend une voix :
-Il était une fois un Pays Merveilleux. Dans ce pays vivait un Pince. C’était le plus heureux des enfants. A sa naissance, son père, le Roi, lui avait offert une fabuleuse collection d’instants qui lui venait de son arrière-arrière-grand-père…

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MessageSujet: Re: Le petit voleur d'instants   Mar 22 Juil 2008 - 17:46

Heureuse d'avoir pû te décharger de ce travail ! Very Happy
ça fait des instants en plus, sourire !

Je trouve cette histoire très jolie et très intéressante !
Elle s'ancre bien dans le quotidien.. on a tous connu le refrain, sourire !
J'adore le passage avec "l'homme bizarre" comme quoi, il ne faut pas toujours se fier aux apparences !

Gros bisous !
New Bbo, à votre service !
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chrysalide




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MessageSujet: Re: Le petit voleur d'instants   Mar 22 Juil 2008 - 18:19

Trés belle histoire.Tu as raison Mao, prends des instants par çi par là pour tes enfants, c'est important. Ils grandissent tellement vite.

Bisous
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bleud'azur




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MessageSujet: Re: Le petit voleur d'instants   Mer 23 Juil 2008 - 9:00

Merci, c'est pompé !

Bisous.
Bleud'azur
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yasminef




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MessageSujet: Re: Le petit voleur d'instants   Mer 23 Juil 2008 - 11:23

moi j'en vole tous le temps des instants c'est mon hobbies préféré Laughing
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Le petit voleur d'instants

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